L’épanouissement par l’allégorie du Lopin de Terre

Un très beau texte que je vous partage, extrait de « l’Eloge du mariage, de l’engagement et autres folies » de Christiane Singer afin de nous amener à la réflexion sur notre choix d’être présent sur Terre.

« Un beau jour, une question anodine est parvenue à tes oreilles : serais-tu d’accord pour prendre soin d’un tout petit espace de ce monde ?
Tu étais alors dans l’orbe d’un grand amour.
Tu as dit oui.
« Puisque je me chauffe au soleil, puisque je mange les fruits et le pain de la terre, c’est la moindre des choses que j’aide aussi à mettre la table et à desservir ! »
Oui. Mais dès que tu as dit ça, tu t’aperçois qu’il ne s’agit pas seulement de mettre la table et de la desservir, mais aussi d’aider la vigne à pousser, de semer le blé et de l’encourager à grandir, de occuper le bois et faire le feu. Ce n’est pas une aide du dimanche qui t’est demandée – mais une aide du lundi et du mardi et de tous les jours de l’année.
Bon, c’est toujours d’accord !
Oserais-tu vivre en parasite, en écornifleur, en écumeur de marmite ? Oserais-tu vivre aux crochets de la Vie ? Pas question ! Tu as dit oui.
Mais voilà que cette toute petite enclave dont tu as accepté de te charger s’est transformée.
Elle n’est plus seulement le socle richement ornementé où se tenait debout celle ou celui que tu aimes.
C’est déjà tout un jardin où les enfants courent entre les arbres fruitiers et les rais de lumière vibrants de moucherons et de poussière. Et à peine es-tu revenu(e) de ta surprise que c’est déjà devant toi tout un royaume avec ses ministres, ses reines mères, ses vieillards, ses jardiniers, ses marmitons, ses mendiants…
Et là, vois-tu tout est déjà en place pour ta chute.
Le piège est tendu.
Le déclic du traquenard a un mécanisme universel. Derrière le sens du sacrifice s’est embusqué le goût du pouvoir : tu vas croire devoir tout régenter – là dehors – et tu vas te mettre au travail.
Et pendant des années tu vas œuvrer, marner, gratter, t’acharner à faire régner plus d’ordre, à transformer les uns, les autres. Car, peu à peu, ton obstination ne te laissera plus voir qu’une seule échappée au désordre grandissant : Changer l’autre ! Changer les autres ! Ton mari (ta femme), tes enfants, ta belle-famille, tous les réfractaires !
Puisse le ciel t’épargner d’y réussir pour de bon !
Le monde est hanté de tous ces êtres détournés d’eux-mêmes et trafiqués par d’autres comme des moteurs de voitures volées !
Que s’est-il passé ?
Car il n’a a pas à en douter : l’intention était bonne au départ.
Simplement : un terrible malentendu a eu lieu. C’est la nature de ta tâche qui t’a échappé.
Tu t’es trompé de prima materia !
L’œuvre qui t’était confiée n’était pas l’autre, c’était toi !
C’était à ton humanité, à ta loyauté que tu étais invité à travailler, pas à celles de l’autre ! »

Puisque c’est l’époque, nettoyons nos allées, taillons nos arbres et préparons notre Terre.
Bon jardinage !